{"id":388,"date":"2026-08-23T22:34:35","date_gmt":"2026-08-23T22:34:35","guid":{"rendered":"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/actualites\/soulages-chefs-oeuvre-outrenoir\/"},"modified":"2026-08-24T11:32:41","modified_gmt":"2026-08-24T11:32:41","slug":"soulages-chefs-oeuvre-outrenoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/actualites\/soulages-chefs-oeuvre-outrenoir\/","title":{"rendered":"Soulages : D\u00e9couvrez 6 chefs-d&rsquo;\u0153uvre embl\u00e9matiques du ma\u00eetre de l&rsquo;outrenoir"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>En bref<\/strong> Pierre Soulages a fait du noir un instrument de lumi\u00e8re, bien loin d\u2019un monochrome uniforme. Les six \u0153uvres retenues ici permettent de suivre un parcours pr\u00e9cis, du brou de noix de 1946 aux grands diptyques acryliques des ann\u00e9es 2000. Mort le 26 octobre 2022 \u00e0 102 ans, le peintre laisse une \u0153uvre dont les formats, les outils et les surfaces comptent autant que la couleur elle-m\u00eame.<\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Les brous de noix sur papier r\u00e9v\u00e8lent d\u00e8s 1946 une abstraction construite par le contraste entre le geste sombre et la r\u00e9serve blanche.<\/li><li>Les recherches sur le goudron, le verre, l\u2019huile puis l\u2019acrylique montrent que Soulages change de m\u00e9dium pour modifier la circulation de la lumi\u00e8re.<\/li><li>L\u2019outrenoir, apparu en 1979, ne d\u00e9signe pas une simple peinture noire, mais une surface qui renvoie la lumi\u00e8re selon la position du regardeur.<\/li><li>Les grandes toiles conserv\u00e9es au Centre Pompidou, au Guggenheim ou au Mus\u00e9e Soulages ne sont g\u00e9n\u00e9ralement pas propos\u00e9es sur le march\u00e9.<\/li><\/ul>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour situer les six pi\u00e8ces, il faut regarder leurs dates, leurs mat\u00e9riaux et leurs lieux de conservation plut\u00f4t que les consid\u00e9rer comme une s\u00e9rie homog\u00e8ne. Plusieurs sont entr\u00e9es tr\u00e8s t\u00f4t dans des collections publiques, ce qui documente la reconnaissance internationale de Soulages sans transformer ces \u0153uvres en r\u00e9f\u00e9rences de prix directement comparables.<\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table>\n<thead>\n<tr>\n<th>\u0152uvre<\/th>\n<th>Date et technique<\/th>\n<th>Dimensions<\/th>\n<th>Collection connue<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Brou de noix<\/td>\n<td>1946, brou de noix et huile sur papier<\/td>\n<td>482 \u00d7 634 cm<\/td>\n<td>Mus\u00e9e Soulages, Rodez<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Goudron sur verre<\/td>\n<td>\u00c9t\u00e9 1948, goudron sur verre<\/td>\n<td>45,5 \u00d7 45,5 cm<\/td>\n<td>Centre Pompidou, Paris<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Peinture<\/td>\n<td>Mai 1953, huile sur toile<\/td>\n<td>195 \u00d7 130 cm<\/td>\n<td>Solomon R. Guggenheim Museum, New York<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Peinture<\/td>\n<td>14 mai 1968, huile et acrylique sur toile<\/td>\n<td>220 \u00d7 366 cm<\/td>\n<td>Centre Pompidou, Paris<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Peinture<\/td>\n<td>1985, huile sur toile en quatre panneaux<\/td>\n<td>324 \u00d7 362 cm<\/td>\n<td>Centre Pompidou, Paris<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Peinture<\/td>\n<td>24 f\u00e9vrier 2008, acrylique sur toile<\/td>\n<td>222 \u00d7 314 cm<\/td>\n<td>Collection Pierre Soulages<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table><\/figure>\n\n<div id=\"ez-toc-container\" class=\"ez-toc-v2_0_87 counter-hierarchy ez-toc-counter ez-toc-grey ez-toc-container-direction\">\n<div class=\"ez-toc-title-container\">\n<p class=\"ez-toc-title\" style=\"cursor:inherit\">Sommaire<\/p>\n<span class=\"ez-toc-title-toggle\"><a href=\"#\" class=\"ez-toc-pull-right ez-toc-btn ez-toc-btn-xs ez-toc-btn-default ez-toc-toggle\" aria-label=\"Toggle Table of Content\"><span class=\"ez-toc-js-icon-con\"><span class=\"\"><span class=\"eztoc-hide\" style=\"display:none;\">Toggle<\/span><span class=\"ez-toc-icon-toggle-span\"><svg style=\"fill: #999;color:#999\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" class=\"list-377408\" width=\"20px\" height=\"20px\" viewBox=\"0 0 24 24\" fill=\"none\"><path d=\"M6 6H4v2h2V6zm14 0H8v2h12V6zM4 11h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2zM4 16h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2z\" fill=\"currentColor\"><\/path><\/svg><svg style=\"fill: #999;color:#999\" class=\"arrow-unsorted-368013\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" width=\"10px\" height=\"10px\" viewBox=\"0 0 24 24\" version=\"1.2\" baseProfile=\"tiny\"><path d=\"M18.2 9.3l-6.2-6.3-6.2 6.3c-.2.2-.3.4-.3.7s.1.5.3.7c.2.2.4.3.7.3h11c.3 0 .5-.1.7-.3.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7zM5.8 14.7l6.2 6.3 6.2-6.3c.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7c-.2-.2-.4-.3-.7-.3h-11c-.3 0-.5.1-.7.3-.2.2-.3.5-.3.7s.1.5.3.7z\"\/><\/svg><\/span><\/span><\/span><\/a><\/span><\/div>\n<nav><ul class='ez-toc-list ez-toc-list-level-1 eztoc-toggle-hide-by-default' ><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-1\" href=\"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/actualites\/soulages-chefs-oeuvre-outrenoir\/#Brou_de_noix_de_1946_la_premiere_grammaire_abstraite_de_Soulages\" >Brou de noix de 1946, la premi\u00e8re grammaire abstraite de Soulages<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-2\" href=\"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/actualites\/soulages-chefs-oeuvre-outrenoir\/#Goudron_sur_verre_de_1948_une_oeuvre_emblematique_entre_opacite_et_transparence\" >Goudron sur verre de 1948, une \u0153uvre embl\u00e9matique entre opacit\u00e9 et transparence<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-3\" href=\"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/actualites\/soulages-chefs-oeuvre-outrenoir\/#Peinture_de_mai_1953_labstraction_de_Soulages_reconnue_a_New_York\" >Peinture de mai 1953, l\u2019abstraction de Soulages reconnue \u00e0 New York<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-4\" href=\"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/actualites\/soulages-chefs-oeuvre-outrenoir\/#Peinture_du_14_mai_1968_une_surface_all_over_sans_slogan_politique\" >Peinture du 14 mai 1968, une surface all over sans slogan politique<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-5\" href=\"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/actualites\/soulages-chefs-oeuvre-outrenoir\/#Outrenoir_de_1985_quatre_panneaux_pour_faire_circuler_la_lumiere\" >Outrenoir de 1985, quatre panneaux pour faire circuler la lumi\u00e8re<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-6\" href=\"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/actualites\/soulages-chefs-oeuvre-outrenoir\/#Peinture_du_24_fevrier_2008_le_sombre_et_le_clair_dans_lacrylique\" >Peinture du 24 f\u00e9vrier 2008, le sombre et le clair dans l\u2019acrylique<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-7\" href=\"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/actualites\/soulages-chefs-oeuvre-outrenoir\/#Voir_les_chefs-doeuvre_de_Soulages_en_exposition_et_distinguer_loeuvre_du_marche\" >Voir les chefs-d\u2019\u0153uvre de Soulages en exposition et distinguer l\u2019\u0153uvre du march\u00e9<\/a><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Brou_de_noix_de_1946_la_premiere_grammaire_abstraite_de_Soulages\"><\/span>Brou de noix de 1946, la premi\u00e8re grammaire abstraite de Soulages<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <strong>Brou de noix de 1946<\/strong>, conserv\u00e9 au Mus\u00e9e Soulages \u00e0 Rodez, donne un rep\u00e8re tr\u00e8s concret pour comprendre l\u2019artiste avant l\u2019outrenoir. L\u2019\u0153uvre mesure 482 \u00d7 634 cm et associe le brou de noix \u00e0 des passages d\u2019huile sur papier. Cette ampleur surprend pour une technique souvent reli\u00e9e au dessin ou aux \u00e9tudes pr\u00e9paratoires. Soulages ne traite pas le papier comme un support secondaire. Il y installe d\u00e9j\u00e0 des masses, des axes et des r\u00e9serves qui organisent toute la surface.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le brou de noix est un liquide brun fonc\u00e9 utilis\u00e9 notamment en \u00e9b\u00e9nisterie pour teinter le bois. Le choix du mat\u00e9riau n\u2019a rien d\u2019anecdotique. N\u00e9 \u00e0 Rodez en 1919, Soulages a tr\u00e8s t\u00f4t observ\u00e9 les gestes des artisans, les outils de chantier et les mati\u00e8res qui portent une trace de fabrication. Cette substance fluide lui permet de travailler vite avec une large brosse. Elle laisse des zones transparentes, des reprises plus \u00e9paisses et des bords irr\u00e9guliers. Le blanc du papier ne sert donc pas de fond neutre. Il agit comme une lumi\u00e8re qui passe entre les formes sombres.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les grandes traces verticales et obliques ont parfois \u00e9t\u00e9 rapproch\u00e9es de signes d\u2019\u00e9criture. Cette comparaison demande de la prudence. Soulages ne cherche pas \u00e0 produire un alphabet ni \u00e0 transmettre un message cach\u00e9. Il construit des rapports de densit\u00e9 et de rythme. Les masses les plus noires semblent tenir l\u2019ensemble, tandis que les zones plus dilu\u00e9es laissent circuler le regard. Une partie de l\u2019huile appara\u00eet dans certaines zones, ce qui modifie la mani\u00e8re dont le papier absorbe la mati\u00e8re et fait varier les bruns.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u0153uvre fut montr\u00e9e dans le contexte de la diffusion de l\u2019abstraction fran\u00e7aise en Allemagne apr\u00e8s-guerre. Un brou de noix de Soulages servit d\u2019affiche \u00e0 l\u2019exposition \u00ab Franz\u00f6sische abstrakte Malerei \u00bb, pr\u00e9sent\u00e9e en 1948 et 1949 dans sept villes allemandes. Ce fait compte davantage qu\u2019une formule g\u00e9n\u00e9rale sur la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 pr\u00e9coce du peintre. \u00c0 peine sorti de la guerre, le travail de Soulages circule d\u00e9j\u00e0 hors de France dans un pays o\u00f9 les institutions culturelles se reconstruisent.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le march\u00e9, une \u0153uvre mus\u00e9ale comme celle-ci ne fournit pas de prix de r\u00e9f\u00e9rence puisqu\u2019elle n\u2019est pas en vente. Les ventes publiques de travaux sur papier de Soulages exigent une comparaison stricte entre la date, les dimensions, l\u2019\u00e9tat de conservation, la provenance et la pr\u00e9sence d\u2019une signature. Une feuille tardive ne se compare pas m\u00e9caniquement \u00e0 un brou de noix de 1946. Avant toute acquisition attribu\u00e9e \u00e0 Soulages, demandez les photographies recto-verso, la provenance document\u00e9e et l\u2019avis d\u2019un expert agr\u00e9\u00e9 ou d\u2019un commissaire-priseur si une expertise formelle est requise.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le brou de noix place d\u00e9j\u00e0 la lumi\u00e8re au c\u0153ur de la peinture de Soulages, non par l\u2019ajout de couleur, mais par l\u2019\u00e9cart entre le geste charg\u00e9 et la blancheur pr\u00e9serv\u00e9e du support.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1536\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/toile-noire-abstraite-sillons-peinture-reflets.jpg\" alt=\"Grande toile noire abstraite aux sillons de peinture captant la lumi\u00e8re dans une galerie\" class=\"wp-image-390\" srcset=\"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/toile-noire-abstraite-sillons-peinture-reflets.jpg 1536w, https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/toile-noire-abstraite-sillons-peinture-reflets-300x200.jpg 300w, https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/toile-noire-abstraite-sillons-peinture-reflets-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/toile-noire-abstraite-sillons-peinture-reflets-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1536px) 100vw, 1536px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Illustration g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par intelligence artificielle.<\/figcaption><\/figure>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Goudron_sur_verre_de_1948_une_oeuvre_emblematique_entre_opacite_et_transparence\"><\/span>Goudron sur verre de 1948, une \u0153uvre embl\u00e9matique entre opacit\u00e9 et transparence<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Goudron sur verre<\/strong>, r\u00e9alis\u00e9 durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1948, condense une exp\u00e9rimentation br\u00e8ve mais d\u00e9cisive. Cette pi\u00e8ce de 45,5 \u00d7 45,5 cm est conserv\u00e9e au Mus\u00e9e national d\u2019art moderne, Centre Pompidou, \u00e0 Paris. Soulages applique du goudron sur une plaque de verre, aujourd\u2019hui prot\u00e9g\u00e9e sous plexiglas. La dimension reste modeste, mais le support impose une relation nouvelle entre mati\u00e8re noire et lumi\u00e8re. Le verre laisse entrer ou renvoyer la clart\u00e9, alors que le goudron absorbe presque tout.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le point de d\u00e9part tient \u00e0 une vision tr\u00e8s quotidienne. Apr\u00e8s la Lib\u00e9ration, Soulages observe \u00e0 la gare de Lyon des r\u00e9parations faites au goudron sur les verri\u00e8res endommag\u00e9es. Les taches noires, \u00e9paisses et irr\u00e9guli\u00e8res s\u2019opposent \u00e0 la transparence lisse du vitrage. Cette rencontre entre une mati\u00e8re pauvre et une surface lumineuse nourrit quatre \u0153uvres sur verre en 1948. Le peintre r\u00e9cup\u00e8re alors des vitres de serre parfois cass\u00e9es. Il ne gomme pas la fragilit\u00e9 du support. Les accidents du verre participent \u00e0 la pr\u00e9sence physique de la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour \u00e9tendre le goudron, Soulages utilise un pinceau dit \u00ab queue-de-morue \u00bb, outil courant des peintres en b\u00e2timent. Le mat\u00e9riau est dilu\u00e9 au white-spirit afin de pouvoir \u00eatre r\u00e9parti. Les bandes noires qui traversent le carr\u00e9 \u00e9voquent une charpente ou des poutres. Trois formes principales structurent la composition, auxquelles r\u00e9pond une quatri\u00e8me masse tronqu\u00e9e sur la droite. Le spectateur ne regarde pas un paysage, mais il per\u00e7oit une architecture de forces. Le noir para\u00eet lourd, presque min\u00e9ral, pendant que les zones non couvertes restent expos\u00e9es \u00e0 la lumi\u00e8re ambiante.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u0153uvre permet d\u2019\u00e9viter une erreur fr\u00e9quente devant Soulages. Le noir n\u2019est jamais seulement une couleur d\u00e9pos\u00e9e sur une surface. Il d\u00e9pend du support, de l\u2019\u00e9paisseur, du liant et du d\u00e9placement du regard. Dans Goudron sur verre, la lumi\u00e8re vient aussi de l\u2019arri\u00e8re ou des c\u00f4t\u00e9s de la plaque. Les reflets modifient l\u2019aspect de la mati\u00e8re selon l\u2019\u00e9clairage de l\u2019exposition. La relation entre le noir dense et la clart\u00e9 du verre annonce les recherches qui m\u00e8neront plusieurs d\u00e9cennies plus tard \u00e0 l\u2019outrenoir.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La peinture abstraite de Soulages garde pourtant ici un lien avec des images m\u00e9moris\u00e9es. La construction a \u00e9t\u00e9 rapproch\u00e9e de La Descente de Croix de Pedro Campa\u00f1a, conserv\u00e9e au mus\u00e9e Fabre de Montpellier, tableau admir\u00e9 par l\u2019artiste dans sa jeunesse. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une citation iconographique. Les diagonales, les masses suspendues et la tension entre vide et plein peuvent avoir laiss\u00e9 une trace dans sa mani\u00e8re de structurer l\u2019espace.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aucun prix public r\u00e9cent n\u2019est disponible pour Goudron sur verre, l\u2019\u0153uvre appartenant \u00e0 une collection nationale. Les pi\u00e8ces sur support fragile posent une difficult\u00e9 suppl\u00e9mentaire lors d\u2019un achat. Une peinture sur verre, m\u00eame attribu\u00e9e \u00e0 un artiste reconnu, doit \u00eatre examin\u00e9e hors cadre par un restaurateur comp\u00e9tent avant toute d\u00e9cision. L\u2019\u00e9tat du verre, les \u00e9clats de bord, les soul\u00e8vements de mati\u00e8re et la qualit\u00e9 du montage sous protection modifient fortement la possibilit\u00e9 de conservation.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La rencontre du goudron et du verre montre que Soulages travaillait d\u00e9j\u00e0 l\u2019opposition du mat et du r\u00e9fl\u00e9chissant, avec des mat\u00e9riaux emprunt\u00e9s au monde du b\u00e2timent plut\u00f4t qu\u2019au vocabulaire acad\u00e9mique.<\/p>\n\n<figure class=\"is-provider-youtube is-type-video wp-block-embed wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"ACTE 5 - L\u2019ART CONTEMPORAIN : Mus\u00e9e Soulages, le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Outrenoir\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/U7ivmMk6bQI?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Peinture_de_mai_1953_labstraction_de_Soulages_reconnue_a_New_York\"><\/span>Peinture de mai 1953, l\u2019abstraction de Soulages reconnue \u00e0 New York<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La <strong>Peinture de mai 1953<\/strong>, huile sur toile de 195 \u00d7 130 cm, appartient au Solomon R. Guggenheim Museum de New York. Son acquisition d\u00e8s 1953, \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019exposition \u00ab Younger European Painters \u00bb, atteste l\u2019attention port\u00e9e tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 Soulages aux \u00c9tats-Unis. Une autre toile li\u00e9e \u00e0 cette s\u00e9rie rejoint au m\u00eame moment la Tate Gallery de Londres, sur recommandation de Henry Moore et Graham Sutherland. Ces entr\u00e9es institutionnelles ne fixent pas une cote, mais elles donnent une provenance publique robuste pour comprendre la place du peintre dans l\u2019art contemporain d\u2019apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La toile repose sur une tension nette entre un fond clair et plusieurs grands \u00e9l\u00e9ments sombres. Des rectangles verticaux et horizontaux semblent s\u2019encastrer ou se superposer. Le noir n\u2019est pas uniforme. Aux extr\u00e9mit\u00e9s apparaissent des zones plus dilu\u00e9es, tandis que les formes centrales prennent des nuances brunes. Cette variation \u00e9vite l\u2019effet de silhouette plate. Les couches cr\u00e9ent plusieurs plans, sans recourir \u00e0 une perspective traditionnelle.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Soulages reprend ici la structure d\u2019une petite gouache noire sur papier blanc ex\u00e9cut\u00e9e en 1948. Ce passage d\u2019un format r\u00e9duit \u00e0 une toile de pr\u00e8s de deux m\u00e8tres r\u00e9v\u00e8le une m\u00e9thode de variation. Il ne r\u00e9p\u00e8te pas une image pour l\u2019agrandir m\u00e9caniquement. Il transpose un rythme. Les rapports entre les bandes, l\u2019intervalle du blanc et le poids des masses sont recalibr\u00e9s pour le format vertical. La r\u00e9f\u00e9rence musicale souvent employ\u00e9e \u00e0 propos de Soulages devient utile lorsqu\u2019elle d\u00e9crit ce travail de reprise, de d\u00e9calage et d\u2019intensit\u00e9.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le blanc joue un r\u00f4le actif. Il perce entre les noirs et semble parfois venir d\u2019un espace plus \u00e9loign\u00e9. La comparaison avec le vitrail ne suppose pas que Soulages peint des fen\u00eatres. Elle aide \u00e0 regarder la fonction des lignes sombres, comparables \u00e0 des barloti\u00e8res qui maintiennent et orientent la lumi\u00e8re. \u00c0 distance, l\u2019ensemble para\u00eet strict. \u00c0 quelques pas, les nuances brunes, les bords des formes et les traces de brosse introduisent une vibration beaucoup plus complexe.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette p\u00e9riode se distingue nettement de l\u2019outrenoir. Dans les toiles des ann\u00e9es 1950, la lumi\u00e8re na\u00eet encore du rapport entre le noir et un fond blanc ou color\u00e9. Apr\u00e8s 1979, Soulages cherchera une lumi\u00e8re produite par la surface noire elle-m\u00eame. La diff\u00e9rence est utile pour visiter une exposition consacr\u00e9e au peintre. Une toile noire sur fond blanc n\u2019est pas automatiquement un outrenoir. Le terme d\u00e9crit une recherche pr\u00e9cise, engag\u00e9e \u00e0 partir de 1979.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les grandes huiles de cette p\u00e9riode d\u00e9tenues par les mus\u00e9es ne sont pas des objets de march\u00e9 accessibles. Aucun prix constat\u00e9 ne peut \u00eatre avanc\u00e9 pour cette toile du Guggenheim, qui n\u2019est pas propos\u00e9e \u00e0 la vente. Pour une \u0153uvre sur papier de la m\u00eame d\u00e9cennie, refusez une comparaison \u00e9tablie \u00e0 partir d\u2019une reproduction num\u00e9rique seule. Les dimensions, la pr\u00e9sence d\u2019une provenance continue et la technique exacte, gouache, brou de noix ou encre, changent la cat\u00e9gorie de l\u2019\u0153uvre et l\u2019\u00e9valuation retenue en vente publique.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La toile de 1953 prouve que la reconnaissance de Soulages ne vient pas d\u2019une formule monochrome, mais d\u2019une construction rigoureuse o\u00f9 chaque r\u00e9serve de blanc p\u00e8se autant qu\u2019une bande sombre.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Peinture_du_14_mai_1968_une_surface_all_over_sans_slogan_politique\"><\/span>Peinture du 14 mai 1968, une surface all over sans slogan politique<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La <strong>Peinture du 14 mai 1968<\/strong>, conserv\u00e9e au Centre Pompidou, mesure 220 \u00d7 366 cm. Soulages emploie ici l\u2019huile et l\u2019acrylique sur toile. Son format panoramique impose une pr\u00e9sence frontale. Des formes verticales noires, serr\u00e9es les unes contre les autres, occupent presque tout l\u2019espace. Elles composent une sorte de frise massive, mais la peinture ne repr\u00e9sente ni une foule ni une sc\u00e8ne historique. Cette distinction prot\u00e8ge l\u2019\u0153uvre d\u2019une lecture illustrative qui ne correspond pas au travail de l\u2019artiste.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La date place forc\u00e9ment le tableau dans le climat des manifestations de Mai 68, alors que l\u2019atelier parisien de Soulages se trouve pr\u00e8s du Quartier latin. L\u2019artiste ne reste pas \u00e9tranger aux \u00e9v\u00e9nements. Le 23 mai, il r\u00e9alise une affiche pour la Journ\u00e9e des intellectuels pour le Vietnam. En juin, il participe \u00e0 une d\u00e9l\u00e9gation protestant contre l\u2019expulsion de cinq artistes \u00e9trangers. Ces engagements sont document\u00e9s, mais ils ne transforment pas la toile du 14 mai en affiche peinte. Soulages refuse de r\u00e9duire l\u2019abstraction \u00e0 un commentaire imm\u00e9diat de l\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis 1964, il d\u00e9veloppe des compositions plus compactes, presque continues, parfois qualifi\u00e9es de \u00ab all over \u00bb. Les formes ne flottent plus isol\u00e9ment sur un fond. Elles couvrent la toile, se r\u00e9p\u00e8tent et imposent un rythme horizontal. Soulages fabrique ou d\u00e9tourne ses outils pour obtenir ces nappes. Une goutti\u00e8re r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e lors d\u2019une r\u00e9fection de toiture lui sert un temps \u00e0 \u00e9taler une mati\u00e8re fluide. Le geste ne doit donc pas \u00eatre imagin\u00e9 comme une expression spontan\u00e9e. Il d\u00e9pend d\u2019instruments concrets et d\u2019une mise au point attentive.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette toile, le blanc demeure pr\u00e9sent sur les bords et dans les interstices, mais il para\u00eet comprim\u00e9 par les masses noires. L\u2019\u0153il avance de gauche \u00e0 droite, soutenu par la r\u00e9p\u00e9tition des formes. Cette scansion introduit le temps dans la lecture. Le spectateur ne saisit pas l\u2019ensemble d\u2019un coup. Il suit des rythmes, rel\u00e8ve une interruption, repart vers une autre zone. Les statues-menhirs du Rouergue, que Soulages conna\u00eet depuis l\u2019enfance, offrent un rapprochement plus solide que l\u2019id\u00e9e vague d\u2019un d\u00e9fil\u00e9 humain. Leur verticalit\u00e9 et leur poids donnent une r\u00e9f\u00e9rence formelle, non un r\u00e9cit.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Mus\u00e9e national d\u2019art moderne acquiert la toile d\u00e8s 1969. L\u00e0 encore, le prix d\u2019acquisition n\u2019est pas une donn\u00e9e publique utilisable pour \u00e9valuer une vente actuelle. Aucun prix constat\u00e9 ne peut \u00eatre retenu pour une \u0153uvre d\u00e9tenue par le Centre Pompidou. Les collectionneurs qui rencontrent une toile attribu\u00e9e \u00e0 Soulages datant des ann\u00e9es 1960 doivent v\u00e9rifier la concordance entre le catalogue raisonn\u00e9, le num\u00e9ro \u00e9ventuel, les expositions ant\u00e9rieures et les factures de galerie. Une expertise formelle rel\u00e8ve d\u2019un expert agr\u00e9\u00e9 ou d\u2019un commissaire-priseur, pas d\u2019une analyse stylistique faite \u00e0 partir d\u2019une image.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les formes accumul\u00e9es de 1968 annoncent l\u2019envahissement progressif de la surface par le noir, sans encore produire la lumi\u00e8re autonome des outrenoirs.<\/p>\n\n<figure class=\"is-provider-youtube is-type-video wp-block-embed wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"The Complex Abstractionism Of Pierre Soulages (Full Documentary)\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/JMkV-r_6--o?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Outrenoir_de_1985_quatre_panneaux_pour_faire_circuler_la_lumiere\"><\/span>Outrenoir de 1985, quatre panneaux pour faire circuler la lumi\u00e8re<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Peinture de 1985 conserv\u00e9e au Centre Pompidou marque pleinement la p\u00e9riode de l\u2019outrenoir. Il s\u2019agit d\u2019un t\u00e9traptyque de 324 \u00d7 362 cm, constitu\u00e9 de quatre panneaux horizontaux superpos\u00e9s. Le format presque carr\u00e9 s\u2019\u00e9carte des proportions ordinaires et donne au tableau une ampleur architecturale. Soulages s\u2019int\u00e9resse aux rapports de mesure et construit fr\u00e9quemment ses formats \u00e0 partir de formules math\u00e9matiques. Dans cette \u0153uvre, les lignes de jonction entre les panneaux ne sont pas dissimul\u00e9es. Elles participent au rythme g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mot outrenoir appara\u00eet \u00e0 la suite d\u2019une exp\u00e9rience de 1979. Soulages travaille alors une toile que le noir finit par recouvrir presque enti\u00e8rement. Il consid\u00e8re d\u2019abord cette situation comme une impasse. Apr\u00e8s une interruption, il revient devant la surface et comprend que la mati\u00e8re noire ne bloque pas la lumi\u00e8re. Elle la renvoie diff\u00e9remment. L\u2019outrenoir ne correspond donc ni \u00e0 un pigment particulier ni \u00e0 une s\u00e9rie d\u00e9corative. Il d\u00e9signe une peinture dans laquelle le noir devient le support d\u2019une lumi\u00e8re changeante.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le t\u00e9traptyque de 1985, le noir d\u2019ivoire est travaill\u00e9 par stries horizontales. Soulages recouvre ensuite certaines zones de hautes bandes pos\u00e9es \u00e0 la lame. Selon la pression de l\u2019outil, la mati\u00e8re s\u2019\u00e9crase, se lisse ou laisse ressurgir la couche inf\u00e9rieure. \u00c0 droite, les bandes s\u2019inclinent l\u00e9g\u00e8rement. Ce d\u00e9tail guide le regard sur la largeur de l\u2019ensemble. La toile ne se lit donc pas comme un aplat immobile. Elle demande du temps et un d\u00e9placement devant la surface.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9clairage modifie profond\u00e9ment l\u2019\u0153uvre. Un regard frontal r\u00e9v\u00e8le certaines zones sombres. Un pas de c\u00f4t\u00e9 fait surgir des reflets argent\u00e9s, bleut\u00e9s ou chauds. L\u2019accrochage est d\u00e9terminant. Une lumi\u00e8re frontale trop plate r\u00e9duit les diff\u00e9rences de relief, alors qu\u2019un \u00e9clairage lat\u00e9ral mod\u00e9r\u00e9 rend visibles les stries et les zones lisses. Cette attention \u00e0 l\u2019installation explique pourquoi les outrenoirs doivent \u00eatre vus en pr\u00e9sence lorsque cela est possible. Une photographie imprime un seul \u00e9tat de lumi\u00e8re et ne restitue qu\u2019une partie de leur comportement.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le parall\u00e8le avec les polyptyques religieux est recevable lorsqu\u2019il porte sur le dispositif. Depuis 1979, Soulages travaille simultan\u00e9ment sur plusieurs panneaux, comme les retables compos\u00e9s de volets ou de compartiments. Il ne produit pas pour autant une image sacr\u00e9e ni un programme religieux. Les panneaux organisent un rapport physique entre l\u2019\u0153uvre et celui qui la regarde. La lumi\u00e8re semble venir \u00e0 l\u2019avant de la toile, au lieu de sugg\u00e9rer une profondeur situ\u00e9e derri\u00e8re elle.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette pi\u00e8ce fait partie d\u2019une collection publique et ne donne aucun prix de march\u00e9 exploitable. Les \u0153uvres intitul\u00e9es Peinture chez Soulages demandent une identification particuli\u00e8rement pr\u00e9cise lors d\u2019une recherche documentaire. La date, les dimensions, le support, le lieu de conservation et la r\u00e9f\u00e9rence au catalogue raisonn\u00e9 doivent \u00eatre associ\u00e9s. Un titre g\u00e9n\u00e9rique sans ces \u00e9l\u00e9ments ne permet pas de distinguer une toile de 1985 d\u2019une autre \u0153uvre noire du m\u00eame artiste.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019outrenoir de 1985 transforme le noir en surface active, puisque la lumi\u00e8re d\u00e9pend de la mati\u00e8re, de l\u2019outil et de la position du visiteur devant les quatre panneaux.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Peinture_du_24_fevrier_2008_le_sombre_et_le_clair_dans_lacrylique\"><\/span>Peinture du 24 f\u00e9vrier 2008, le sombre et le clair dans l\u2019acrylique<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Peinture du 24 f\u00e9vrier 2008 est un diptyque de 222 \u00d7 314 cm, ex\u00e9cut\u00e9 \u00e0 l\u2019acrylique sur toile et signal\u00e9 dans la collection Pierre Soulages. L\u2019\u0153uvre appartient \u00e0 la seconde p\u00e9riode de l\u2019outrenoir, terme employ\u00e9 par l\u2019historien de l\u2019art Pierre Encrev\u00e9 pour d\u00e9signer les d\u00e9veloppements engag\u00e9s apr\u00e8s 2004. Soulages abandonne alors d\u00e9finitivement l\u2019huile au profit de l\u2019acrylique. Ce changement technique modifie la vitesse de s\u00e9chage, l\u2019\u00e9paisseur possible de la mati\u00e8re et la pr\u00e9cision des interventions sur la surface.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le diptyque repose sur une opposition soigneusement construite. Le panneau de gauche pr\u00e9sente une zone plus r\u00e9fl\u00e9chissante, travers\u00e9e par une entaille diagonale. Le panneau de droite para\u00eet plus mat et plus calme, avec une ouverture brillante davantage horizontale. Ces diff\u00e9rences se retrouvent aussi \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque toile. Une surface \u00e9tale est interrompue par une incision plus vive. Le spectateur per\u00e7oit ainsi simultan\u00e9ment le lent recouvrement de la mati\u00e8re et le geste plus brutal qui vient la couper.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019acrylique permet \u00e0 Soulages de travailler des \u00e9paisseurs importantes sans attendre le long s\u00e9chage de l\u2019huile. Il peut scarifier, frapper ou tirer la mati\u00e8re avec des outils adapt\u00e9s. Les bords des entailles retiennent parfois de petits bourrelets de peinture. Ce d\u00e9tail compte devant l\u2019original. Il prouve que le tableau ne fonctionne pas comme une image noire reproduisible sans perte. La lumi\u00e8re s\u2019accroche aux reliefs, glisse sur les zones liss\u00e9es et s\u2019att\u00e9nue dans les passages mats.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le choix d\u2019un seul pigment, le noir d\u2019ivoire, ne produit donc jamais un seul noir visuel. Soulages modifie les liants pour aller du mat au brillant. Le contraste ne d\u00e9pend plus principalement d\u2019un fond clair et d\u2019une forme sombre, comme en 1953. Il appara\u00eet \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du noir, par les propri\u00e9t\u00e9s m\u00eames de la surface. Cette pr\u00e9cision aide \u00e0 comprendre la diff\u00e9rence entre un monochrome noir et un outrenoir. Le premier peut \u00eatre une surface unifi\u00e9e. Le second, chez Soulages, est construit pour faire varier la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La confrontation entre noir et bleu chez d\u2019autres artistes du XXe si\u00e8cle \u00e9claire aussi ce choix. Le monochrome d\u2019Yves Klein repose sur l\u2019intensit\u00e9 d\u2019un bleu brevet\u00e9 et sur sa pr\u00e9sence chromatique. Le <a href=\"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/actualites\/chef-oeuvre-bleu-klein\/\">chef-d\u2019\u0153uvre bleu de Klein<\/a> propose ainsi une voie distincte, fond\u00e9e sur la couleur comme champ d\u2019immersion. Soulages, lui, travaille une couleur qui se d\u00e9robe en partie \u00e0 la teinte pour privil\u00e9gier le reflet, l\u2019absorption et le relief. Les deux d\u00e9marches sont souvent rapproch\u00e9es sous l\u2019\u00e9tiquette du monochrome, mais leurs mat\u00e9riaux et leurs effets de lumi\u00e8re ne se confondent pas.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aucun prix de vente publique r\u00e9cent n\u2019est disponible pour ce diptyque de 2008, conserv\u00e9 hors du march\u00e9 dans la collection de l\u2019artiste. Un amateur qui souhaite \u00e9tudier l\u2019achat d\u2019une \u0153uvre de Soulages doit distinguer les peintures uniques, les estampes et les livres illustr\u00e9s. \u00c0 budget \u00e9gal, pr\u00e9f\u00e9rez une estampe num\u00e9rot\u00e9e, sign\u00e9e au crayon et accompagn\u00e9e de sa provenance \u00e0 une reproduction d\u00e9corative non num\u00e9rot\u00e9e. La fiscalit\u00e9, la succession et l\u2019expertise d\u00e9finitive ne rel\u00e8vent pas de cette analyse et doivent \u00eatre trait\u00e9es avec les professionnels habilit\u00e9s.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le diptyque de 2008 fait tenir dans deux panneaux les contrastes que Soulages cherche depuis 1946, entre absorption et reflet, stabilit\u00e9 de la masse et mouvement de la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Voir_les_chefs-doeuvre_de_Soulages_en_exposition_et_distinguer_loeuvre_du_marche\"><\/span>Voir les chefs-d\u2019\u0153uvre de Soulages en exposition et distinguer l\u2019\u0153uvre du march\u00e9<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les six chefs-d\u2019\u0153uvre pr\u00e9sent\u00e9s ne se regardent pas de la m\u00eame mani\u00e8re. Le brou de noix demande de s\u2019approcher pour suivre les transparences du papier. Les grands outrenoirs demandent au contraire du recul, puis plusieurs d\u00e9placements lat\u00e9raux. Une exposition consacr\u00e9e \u00e0 Soulages gagne \u00e0 \u00eatre parcourue lentement. Face \u00e0 une toile noire, le premier regard peut sembler pauvre si l\u2019on reste immobile. Quelques pas suffisent souvent \u00e0 faire appara\u00eetre les stries, les zones m\u00e9talliques ou les passages mats.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Mus\u00e9e Soulages, \u00e0 Rodez, constitue le lieu le plus coh\u00e9rent pour \u00e9tudier l\u2019ensemble de sa carri\u00e8re. Son implantation dans la ville natale du peintre n\u2019a rien d\u2019un d\u00e9cor biographique. Les collections permettent de relier les travaux pr\u00e9coces sur papier, les peintures de grand format, les estampes et les recherches mat\u00e9rielles. \u00c0 Paris, le Centre Pompidou conserve notamment Goudron sur verre de 1948, la Peinture du 14 mai 1968 et le t\u00e9traptyque de 1985. Les conditions d\u2019accrochage et les pr\u00eats \u00e9voluent. V\u00e9rifiez toujours l\u2019ouverture des salles et la pr\u00e9sence effective d\u2019une \u0153uvre avant de vous d\u00e9placer.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Louvre avait consacr\u00e9, en 2019, une pr\u00e9sentation d\u2019environ vingt \u0153uvres de Soulages dans le Salon Carr\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de son centenaire. Le choix du lieu avait une port\u00e9e particuli\u00e8re. Habituellement associ\u00e9 aux primitifs italiens, cet espace mettait en regard une peinture contemporaine radicalement abstraite et l\u2019histoire longue des techniques de lumi\u00e8re. Le noir de Soulages n\u2019\u00e9tait pas trait\u00e9 comme une absence de couleur, mais comme une mati\u00e8re capable d\u2019absorber, de filtrer et de renvoyer la clart\u00e9.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les reproductions en ligne ont une utilit\u00e9 documentaire, mais elles ont une limite nette pour les outrenoirs. La prise de vue fixe un angle, une intensit\u00e9 d\u2019\u00e9clairage et un traitement d\u2019image. Elle peut accentuer le brillant, \u00e9craser les reliefs ou faire dispara\u00eetre les nuances. L\u2019article consacr\u00e9 \u00e0 <a href=\"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/actualites\/chef-oeuvre-bleu-klein\/\">la peinture bleue de Klein<\/a> rappelle \u00e0 sa mani\u00e8re que les monochromes d\u00e9pendent fortement de leurs conditions de perception. Chez Soulages, cette d\u00e9pendance devient presque mat\u00e9rielle, puisque le tableau change avec le corps du visiteur.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour un achat, la notori\u00e9t\u00e9 mus\u00e9ale de Soulages ne dispense d\u2019aucune v\u00e9rification. Les \u0153uvres majeures cit\u00e9es ici ne constituent pas des offres disponibles. Le march\u00e9 oppose des pi\u00e8ces uniques de formats et p\u00e9riodes tr\u00e8s diff\u00e9rents, des estampes en \u00e9ditions limit\u00e9es, des affiches et de nombreuses reproductions. Les termes \u00ab Soulages \u00bb, \u00ab noir \u00bb ou \u00ab abstraction \u00bb ne suffisent jamais \u00e0 \u00e9valuer un objet. Une facture, une provenance remontant \u00e0 une galerie identifiable, les dimensions exactes et un certificat coh\u00e9rent comptent davantage qu\u2019une ressemblance visuelle.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une exposition r\u00e9ussie de Soulages se mesure moins au nombre de tableaux vus qu\u2019au temps laiss\u00e9 \u00e0 chaque surface pour modifier sa lumi\u00e8re devant vous.<\/p>\n\n\n<h3>Pourquoi Pierre Soulages appelait-il ses peintures noires des outrenoirs ?<\/h3>\n<p>Le terme outrenoir d\u00e9signe les peintures d\u00e9velopp\u00e9es par Soulages \u00e0 partir de 1979, lorsque le noir devient une surface qui renvoie la lumi\u00e8re par ses reliefs, ses stries et ses diff\u00e9rences de matit\u00e9, plut\u00f4t qu\u2019une couleur oppos\u00e9e \u00e0 un fond clair.<\/p>\n<h3>Quelle \u0153uvre de Soulages est conserv\u00e9e au Guggenheim de New York ?<\/h3>\n<p>Le Solomon R. Guggenheim Museum conserve une Peinture de mai 1953, huile sur toile de 195 \u00d7 130 cm, acquise \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019exposition Younger European Painters.<\/p>\n<h3>O\u00f9 voir les \u0153uvres de Pierre Soulages en France ?<\/h3>\n<p>Le Mus\u00e9e Soulages \u00e0 Rodez pr\u00e9sente un ensemble majeur de l\u2019artiste. Le Centre Pompidou \u00e0 Paris conserve aussi plusieurs \u0153uvres importantes, dont Goudron sur verre de 1948 et des peintures de 1968 et 1985, sous r\u00e9serve de l\u2019accrochage en cours.<\/p>\n<h3>Une peinture noire de Soulages est-elle automatiquement un outrenoir ?<\/h3>\n<p>Non. Les peintures noires des ann\u00e9es 1940 \u00e0 1960 reposent souvent sur le contraste entre le noir, le blanc et parfois des tonalit\u00e9s brunes. L\u2019outrenoir correspond \u00e0 une recherche commenc\u00e9e en 1979, fond\u00e9e sur la lumi\u00e8re renvoy\u00e9e par la mati\u00e8re noire elle-m\u00eame.<\/p>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En bref Pierre Soulages a fait du noir un instrument de lumi\u00e8re, bien loin d\u2019un monochrome uniforme. Les six \u0153uvres retenues ici permettent de suivre un parcours pr\u00e9cis, du brou de noix de 1946 aux grands diptyques acryliques des ann\u00e9es 2000. Mort le 26 octobre 2022 \u00e0 102 ans, le peintre laisse une \u0153uvre dont [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":389,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-388","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-portraits-artistes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/388","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=388"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/388\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":392,"href":"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/388\/revisions\/392"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/389"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=388"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=388"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/loftdu34.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=388"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}